Une paire de souliers de golf ; un divot qui lève le pied.
Que se passe-t-il lorsque deux artistes qui ne viennent pas du monde du golf posent leur regard sur les objets qui composent cet univers? Pour la photographe Véronique Lacharité et la styliste d'accessoires Sarah Lamarche, la réponse se trouve quelque part entre l'observation, l'abstraction et la poésie.

Dans Objets en jeu, une série photographique réalisée pour le deuxième numéro de hiatus golf, le duo montréalais explore le golf sous un angle inattendu. Souliers, textures, surfaces usées et même une simple motte de gazon deviennent des sujets dignes d'attention. Sortis de leur contexte habituel, ces objets du quotidien révèlent un tout nouveau langage visuel.

Aucune des deux artistes ne vient du milieu du golf. Et c'est peut-être justement ce qui rend leur regard aussi intéressant.
« C'est vraiment les couleurs, les formes et les textures qui nous parlent d'abord », expliquent-elles. « Les caractéristiques esthétiques de ce qui est devant nous lancent l'exploration. On s'attarde très peu à la fonction des objets quand on les aborde. »

Un oeil pour le détail
Leurs parcours respectifs nourrissent cette approche complémentaire. Formée en design graphique, Sarah a développé une pratique où la composition, les objets et la matérialisation des idées occupent une place centrale. Comme styliste d'accessoires et de décors, elle aime rechercher, manipuler et mettre en scène des objets jusqu'à créer des images capables de susciter une émotion.

Pour Véronique, la photographie est une exploration qui remonte à l'enfance. Des premières expérimentations avec l'appareil photo de son père aux séances photo improvisées avec ses amies, en passant par des études en arts visuels et médiatiques, son parcours l'a progressivement menée vers la photographie de produits et d'objets. Pourtant, ses débuts dans l'univers du portrait continuent d'influencer son regard.
« Je pense que j'aborde encore souvent mes images comme des portraits », raconte-t-elle. « J'aime beaucoup montrer les détails, les formes, les couleurs. Prendre le temps de montrer ce qu'on ne remarquerait pas. »

Cette sensibilité se retrouve au cœur d'Objets en jeu.

En travaillant en très gros plan, les deux artistes transforment des matières familières en compositions presque abstraites. Une surface devient un paysage. Une imperfection devient le point central d'une image. Ce qui passerait normalement inaperçu prend soudainement une tout autre dimension.
« Pour nous, les détails, c'est autant ce qui fait le beau que le vrai », expliquent-elles. « Le macro nous permet un peu de révéler des objets anodins ou usuels. On essaie de trouver un équilibre au carrefour du documentaire et de l'art, et quand on y arrive, on entre dans le territoire de la poésie. C'est ça qu'on recherche. »

Travailler au feeling
La lumière occupe également une place essentielle dans cette démarche. Pour Véronique, elle n'est jamais simplement un élément technique, mais plutôt une présence à part entière dans l'image.
« Je la vois vraiment comme un personnage dans les images. Je l'imagine aussi souvent comme une matière qui vient interagir avec le sujet, le toucher, le frôler. Elle est à mon goût quand je peux voir la texture, quand je peux m'imaginer tenir l'objet et sentir sa surface, son poids. »

Leur processus de création repose largement sur l'intuition. Sarah construit d'abord le sujet et sa composition, puis Véronique l'explore à travers son objectif. Ensemble, elles se rapprochent, changent les angles, ajustent les cadrages et peaufinent les détails jusqu'à ce qu'une image s'impose.

« C'est vraiment l'émotion qu'une composition nous donne qui décide », explique Véronique. « On est vraiment beaucoup dans l'instinct. On fonctionne comme ça toutes les deux, je pense que c'est beaucoup pour ça que ça fonctionne. »
Plutôt que de reproduire les codes visuels traditionnellement associés au golf, les artistes ont volontairement cherché à s'en éloigner. En isolant les objets du parcours et en mettant leurs qualités matérielles au premier plan, elles nous invitent à revoir ce qui mérite notre attention.

Pour Véronique, l'un des sujets les plus marquants a été une paire de souliers de golf usés.
« J'ai beaucoup aimé photographier les souliers, avec leurs marques d'usure, leur blanc plus tant blanc, mais tellement plus intéressant. Je les trouvais très vrais. »
Et puis, il y a eu le divot.

Cette petite motte de gazon soulevée par le passage d'un bâton est devenue l'une des découvertes les plus inattendues du projet — jusqu'à se retrouver sur la couverture du deuxième numéro de hiatus golf.
« J'aurais jamais pensé faire un cover de magazine avec une photo de gazon un jour! », lance Véronique.
Sarah avait d'abord imaginé une composition beaucoup plus élaborée, dans laquelle le divot ferait partie d'un ensemble. Mais au fil de la séance, elles ont décidé de le photographier dans sa forme la plus simple, en plaçant l'objet lui-même au centre de l'image.
Le résultat s'est révélé étonnamment puissant.
Ce qui avait commencé comme une exploration esthétique des objets du golf est devenu une image évocatrice du jeu lui-même : ses gestes, ses imperfections et les traces qu'il laisse derrière lui.
Avec Objets en jeu, Sarah Lamarche et Véronique Lacharité nous rappellent qu'il suffit parfois de regarder de plus près pour découvrir une beauté insoupçonnée, et que les détails les plus ordinaires peuvent raconter les histoires les plus intéressantes.
Même un simple morceau de gazon.

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